Chocolat

1939. Les premières déportations commencent, des familles entières sont déchirées, anéanties. Et pourtant…

C’est l’histoire touchante d’une survivante, et de la solidarité des déportés malgré ces périodes obscures.

L’interview de Francine

« Je m’appelle Francine Christophe. Je suis née le 18 août 1933. 1933, c’est l’année ou Hitler prend le pouvoir.

Voila.

(Elle montre une étoile de David)

C’est mon étoile. Je la porte sur la poitrine bien entendu, comme tous les juifs. C’est gros, n’est-ce pas? Surtout sur la poitrine d’un enfant puisque j’ai de 8 ans à ce moment-là.

Il s’est passé dans mon camp, le Bergen-Belsen, quelque chose de tout à fait extraordinaire. Je rappelle que nous étions des enfants de prisonniers de guerre, et à ce titre, privilégiés. Donc nous avions eu le droit d’emporter de France un petit… Un petit sac, avec deux-trois petites choses. Une femme, un petit bout de chocolat, une femme, un petit morceau de sucre, une femme, une petite poignée de riz… Ma maman avait emporté deux petits morceaux de chocolat. Elle disait: « On garde ça pour le jour ou je te verrais vraiment…. Complétement par terre, fichue. Je te donnerais ce chocolat, il t’aidera peut-être à remonter.  »

Hors il y avait parmi nous une femme qui avait été déporté alors qu’elle était enceinte. Cela ne se voyait pas, évidemment, elle était si maigre. Mais n’empêche que le jour de l’accouchement est arrivé, et elle est partie au revier (baraquement destiné aux prisonniers malades des camps) avec ma mère qui était notre chef de baraque.

Et avant de partir, ma mère me dit: « Tu te souviens que je garde un morceau de chocolat? »

« Oui, Maman. »

« Comment te sens-tu? »

« Bien, Maman, ça peut aller. »

« Alors si tu me le permets, ce morceau de chocolat, je l’apporterai a notre amie Hélène, parce qu’un accouchement ici… Elle va peut-être mourir. Et si je lui donne le chocolat, ça l’aidera peut-être.  »

« Oui, Maman, tu le prends. »

Hélène a accouché, elle a accouché d’un bébé… Une toute petite chose malingre. Elle a mangé le chocolat, elle n’est pas morte. Elle est revenue dans la baraque.

Le bébé n’a jamais pleurer, jamais! (Elle insiste) Pas même geint! Au bout de 6 mois, la libération est arrivée, on a défait tous ses chiffons, et le bébé a crié! C’était là, sa naissance.

Nous l’avons ramenés en France, tout petit truc de 6 mois, minuscule!

Il y a quelques années, ma fille me dit: « Maman, si vous aviez eu des psychologues ou des psychiatres à votre retour, ça se serait mieux passer pour vous. »

(Elle prend un air étonné)

Je dis: « Sûrement, mais y en avait pas. Puis personne n’y a pensé, même s’il y en avait eu. Mais tu m’as donné une idée, on va faire une conférence là-dessus.  »

J’ai organisé une conférence sur le thème: Et s’il y avait eu des psys en 1945 à notre retour de camp, comment est-ce que ça se serait passé?

J’ai eu beaucoup de monde: des anciens, des survivants, des… Des curieux, et puis beaucoup de psychologues, psychiatres, psychothérapeutes… Tout ce monde est venu. Très intéressant. Chacun avait son idée, c’était très bien. Et puis il y a eu une femme qui est arrivée et qui a dit: « Moi, j’habite Marseille, je suis médecin-psychiatre, et avant de vous faire ma communication, j’ai quelque chose a donner à Francine Christophe. « C’est-à-dire à moi. Elle fouille dans sa poche, elle sort un morceau de chocolat, elle me le donne et elle me dit: « Je suis le bébé. ».  »

Les miracles existent.

 

 

 

 

 

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